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Les religions se nourrissent de la pulsion de mort
Par Michel ONFRAY
( article paru dans Marianne n° 643 du 15 au 20 Aout 2009 )
Quatre ans après son « Traité d’athéologie », le philosophe persiste et signe.
Marianne : « Fondamentalisme », « intégrisme », « obscurantisme » ? Quel terme vous semble t il le plus à même de rendre compte des tartuferies religieuses contemporaines ?
Michel ONFRAY : Vous me proposez là trois variations sur un même thème … car le propre de la religion, de toutes les religions, est de récuser le discours rationnel, philosophique,au profit d’une pensée magique dans laquelle tout est intellectuellement permis. L’obscurantisme fait la loi depuis le début, car l’essence de la religion, c’est le déni de la mort et l’affirmation qu’après sa venue nous vivons encore, sous une autre forme,certes, mais que nous persistons, et ce pour une vie éternelle. A partir de ce mensonge fait à soi même, tout devient possible. Et l’on sait combien un mensonge originaire oblige ensuite à une série d’autres mensonges destinés à légitimer le premier.L’intégrisme et le fondamentalisme constituent la pointe la plus aigüe de cette logique de déni qui suppose pour durer la mise à disposition de la réthorique et du langage au service de ce mensonge originel et de ses innombrables variations.
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Marianne : quel est le reproche suprême que vous faites aux monothéismes ?
Michel ONFRAY : de nous fâcher avec le seul bien dont nous soyons certains: notre vie ici et maintenant et la possibilité de la déployer avec le seul instrument dont nous disposions, notre corps. Le monothéisme discrédite cette vie, la seule, la vraie, au profit d’une autre vie, fictive, fantasmatique, qu’il nous faudrait gagner en gâchant la première…. Les monothéismes nous proposent ce contrat de dupes : « moins vous vivez ici et maintenant, plus vous vivrez dans l’éternité . Renoncez donc aux biens de cette vie qui sont de faux biens et tournez vous vers les vrais biens qui sont renoncement, ascétisme, sacrifice, abnégation … » Disons le autrement : « Mourrez de votre vivant, ainsi il vous deviendra plus facile de mourir le temps venu. » C’est un marché de dupes, car on nous demande de renoncer à la proie pour l’ombre. Nous aurons tout perdu : cette vie ici et maintenant, en l’ayant gâchée, et l’autre vie parce qu’elle n’existe pas …
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Marianne : Pourquoi les femmes sont-elles toujours les premières visées par les obscurantismes religieux ?
Michel ONFRAY : parce qu’elles incarnent la formidable puissance du désir, la vie et la possibilité de la transmettre, de la donner, parce qu’elles portent la promesse de la joie, du bonheur, du plaisir, de la jubilation, parce qu’elles incernent la pulsion de vie et que les religions se nourrissent de la pulsion de mort.
Marianne : Avec la laïcité, la France dispose t elle d’«anticorps »moraux et légaux contre les nouveaux bigots ?
Michel ONFRAY : Elle en disposait, et il y avait un genre de consensus transpartis sur cette question… je parle au passé, car le nouveau président semble moins soucieux d’honorer ce patrimoine de l’histoire de France qu’est la laïcité que de faire du pays qu’il préside un appendice anglo-saxon dans lequel la laïcité est pensée sur le mode poreux : chacun pouvant se réclamer de sa religion, de son culte, en vivant en tribus juxtaposées, sans soucis de constituer une communauté nationale….
Marianne : Justement le concept de tartuferie, immortalisé par Molière, vous paraît il opératoire pour penser le regain de l’infâme ?
Michel ONFRAY Plus que jamais… Molière est un grand génie littéraire, car il a créé des types universels qui fonctionnent dans tous les temps. Don Juan, Alceste, Diafoirus, Magdelon (l’une des précieuses ridicules…), et Tartuffe, bien sûr, persistent à mener le bal …
Propos recueillis par Alexis Lacroix
( je ne retransmets toutes les questions et vous pouvez vous reporter à cet exemplaire de Marianne pour avoir le texte intégral )