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Peur, ma plus fidèle amie ( Denis Marquet)

Peur, ma plus fidèle amie

On entend souvent dire qu'il faudrait vaincre sa peur.
Il est vrai que celle-ci, outre qu'elle est une souffrance, nous empêche d'agir, d'aller au devant des rencontres, de vivre la vie dans sa plénitude.
Quel rêve, ne plus avoir peur !

Mais regardons de plus près.

Avant d'aborder l'inconnue qu'il désire, l'amoureux est terrifié.
Quel est le moyen, pour lui, de ne plus avoir peur ?
Celui du grand timide: tourner les talons et fuir !
Loin de la femme qu'il aime, le voilà pleinement rassuré.
La peur a disparu avec l'objet de son désir.

Jacques Brel, cet immense artiste qui vomissait son trac avant chaque entrée en scène, aurait pu éviter cette pénible expérience :
il lui suffisait d'annuler son concert.
Mais il aurait alors sacrifié son désir.

Ces deux exemples nous signalent un intéressant paradoxe :
ce n'est pas la peur qui inhibe - c'est le refus de vivre la peur.

Dès lors que je mets tout en oeuvre dans ma vie pour ne pas traverser l'expérience de la peur, je renonce également à tous mes vrais désirs. Car c'est le désir qui met en danger !

Désirer, c'est toujours aller vers ce qu'on ne sait pas.
Au contraire de la pulsion qui, Freud l'a montré, est régressive et vise le rétablissement d'un état antérieur, le désir, lui, va de l'avant.
Son seul objet est l'inconnu.
Observons un enfant. En état de perpétuel désir, dès qu'il a fait une expérience, il se désintéresse de ce qu'il sait pour aller vers ce qu'il ignore.
C'est pourquoi, tous les parents le savent, il n'est pas en sécurité.
Mais lui n'a pas peur, car il n'a pas encore la connaissance du monde et de ses périls.
À mesure qu'un enfant acquiert cette connaissance, sa peur grandit, nourrie souvent de celle de son entourage.

Qu'est-ce que la peur ? Le désir, plus la connaissance.

Il y a donc deux manières d'éviter la peur.

La première : nier la connaissance.
C'est l'attitude de l'inconscient, celui qui met lui-même et les autres en danger parce qu'il rejette hors de sa conscience les réalités du monde, donnant l'apparence d'un courage qui n'est que folle témérité.

La seconde: nier le désir.
C'est la recherche effrénée de la sécurité, incitant à tout prévoir, tout planifier, ne vivre que routines et répétitions.
Quête illusoire : tant qu'on n'est pas mort, on n'est jamais complètement en sécurité !
Le meurtre du désir est négation de la vie.

Si l'on veut vivre à la fois la connaissance et le désir, alors ne reste qu'une voie, celle du vrai courage: accepter la peur.
Si je me risque dans l'inconnu en toute conscience, je ne peux échapper à celle-ci.

Toute vraie rencontre est redoutable : car elle me confronte à une altérité radicale, celle de ce mystère qu'est autrui, que je ne peux posséder, qui m'échappe, et m'incite à me vivre moi-même d'une manière absolument neuve.
Bien des êtres croient aimer quand ils ne font qu'entretenir un pacte mutuel de réassurance, en demeurant le même tout en attendant de l'autre qu'il ne change pas, chacun niant en lui-même toute dimension d'altérité, de mystère, de nouveauté.
Il n'y a pas d'amour sans insécurité.

De même, créer est effrayant, car il s'agit, abandonnant tout savoir sur soi et toute identité, de laisser surgir de soi l'inconnu.

Aimer, créer: tout ce qui donne sens à la vie implique de traverser la peur. La peur est notre amie. Elle nous délivre un précieux message: celui de notre insuffisance.
Dans l'amour comme dans la création, je me trouve dans une dimension où ce que je sais, ce que je peux par mes seules forces ne suffisent pas.
Ne fuyons pas la peur: c'est elle qui nous ouvre à la grâce !

 © Denis Marquet

 

 

Depuis une décennie, la philosophie descend dans la rue, dans certains cafés, dans la vie. Denis Marquet l’introduit dans son cabinet de consultation philosophique, dans ses romans et dans "Nouvelles Clés". Dernier roman paru :Mortelle éternité, éd. Albin Michel.  
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C
Je n'ai nulle intention de nier la connaissance et encore moins le désir. Alors, comme beaucoup...j'ai peur et je le revendique.Je me souviens d'une anecdote à une fête foraine. On m'a entraîné sur un de ces manèges qui te feraient avoir une crise cardiaque. Je m'étais toujours refusé à y monter auparavant. Pourquoi ai-je accepté ce jour-là, aucune idée. Je l'ai fait, la peur au ventre, le coeur battant à mille à l'heure. Ce fut un moment terrible.Je sais aujourd'hui que je ne le referai plus mais je sais aussi que, même avec la trouille, j'en suis capable.
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F
<br /> notre plus fidele amie <br /> si on sait qu'on peut depasser cette peur, et qu'elle cache souvent quelque chose d'important , ca fonctionne . Elle est bien utilisée. <br /> <br /> <br />
S
Cela dépend de qu'l degré de peur dont on parle. La réponse archaïque peut-être la bonne, celle qui va nous sauver. Mais je patle là de lapeur ( de la mort)subite, c'est extrême. Ce qui chaange après une telle expérience c'est l'omniprésence de la peur et celle-ci tu as raison, on peut (on se doit) travailler dessus. C'est dailleurs en cela que l'on dit ne plus voir la vie comme avant, de relativiser davantage... Je suis toujours très intéressée de creuser ce genre de discussion. merci du retour que tu fais de mes com.
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F
<br /> Aujord'hui est un bon jour pour mourrir<br /> c'est dans le film "Danse avec les loups" si ma memoire est bonne<br /> <br /> <br />
P
Saine lecture. merci FelixLa peur, héhé, on ne peut pas dire que ce soit ma pote favorite, me noue les tripes et m'emballe le coeur, mais n'en suis jamais morte encore !!!
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F
<br /> ouf , tu m'as fait peur !<br /> tu ne vas pas nous faire ca ? quand meme !<br /> ( là, tu me fais peur )<br /> <br /> <br />
F
Un jour ma fille devait monter sur scène pour un solo de danse. Elle sortait d'une gastro et avait encore de la fièvre. Le trac avant d'entrer en scène la terrifiait, puis de son dire, une fois devant le public la peur a laissé place au plaisir comme un savant mélange... Sans la peur elle n'aurait jamais gouter ce plaisir là !Merci pour ce blog très agréable. (Lien sur le blog de Vaga)
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F
<br /> Merci Fille de l'eau , c'est toujours plaisant a entendre<br /> <br /> Ta fille confirme qu'une fois dans l'eau , il faut nager , c'est tout !<br /> <br /> <br />
S
peut-on dire que la première est de l'angoisse (ou crainte) et la deuxième de la peur. je mets un peu le même sens à ce mot: la peur survient lors d'un événement inattendu, violent. Elle appelle en nous des réflexes archaïques je ne suis pas sûre que ce soit se dépasser mais après une telle expérience on est différent  Blanche on l'est tous à partir d'un certain nombre d'expériences (pas forcément négative d'ailleurs). Ce qu' apporte la philosophie c'est de mettre des mots sur ces expériences, des mots qui forment une pensée mais avec les mêmes mots, on peut dégager une autre pensée. La preuve avec ce mot peur. la philosophie permet d'ouvrir de vrais déblats ce en quoi elle sera toujours vivante à moins d'une grande régression de l'homme....Tant qu'il y a des Félix qui veillent et on le sait un chat ne dort jamais profondément
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F
<br /> justement, le fait de reflechir sur une reaction archaique permet d'avoir conscience d'un fait , d'une reaction inapropriée, et de reagir d'une facon plus<br /> consciente a des stimulis , parce qu'on a travaillé dessus .<br /> modifier les comportement basiques , c'est un reel apprentissage<br /> <br /> <br />